Témoignage – AMAP : nous avons sauté le pas !

Nous y pensions depuis longtemps, mais cette fois, c’est décidé ! À la faveur d’un déménagement à la campagne, nous avons franchi le seuil d’une AMAP ou association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Ça tombe bien, parmi les 14 AMAP des Côtes-d’Armor, il y en a justement une à quelques minutes de notre domicile. Il s’agit de BOSK’AMAP, l’AMAP de Boqueho, une commune rurale des Côtes-d’Armor située à 25 km de Saint-Brieuc. Retour d’expérience sur cette autre façon de consommer.

Logo AMAP Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne

Les « amapiens », une communauté de valeurs

BOSK’AMAP a été créée en octobre 2009 et comprend entre trente et quarante membres selon les saisons.

Il y a un côté un peu militant chez les adhérents des AMAP. Vous avez envie de réduire le gaspillage alimentaire ? Vous êtes révolté par la façon dont sont traités les agriculteurs par l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution ? Vous avez la volonté de faire quelque chose pour la planète ou de trouver des produits sains qui ont du goût ? Les motivations pour rejoindre une AMAP sont multiples, mais une chose est sûre : on ne choisit pas par hasard d’y adhérer, de renoncer au confort de l’achat en grande surface ou sur un marché.

Une démarche contractuelle

C’est que la chose présente des contraintes peu en phase avec l’apparente liberté offerte par la société de consommation moderne. Ici, il faut s’engager ! Cela commence par la signature d’une adhésion à l’association et l’acquittement d’une cotisation de 10 euros par an. Le formulaire d’adhésion prévoit que chaque adhérent participera à au moins une permanence au cours de la saison. Il y a deux saisons par an : printemps-été, automne-hiver. L’adhésion à l’association vous donne le droit de passer un contrat avec l’un des producteurs de l’AMAP.

L’AMAP travaille avec cinq producteurs locaux :

  • un maraîcher bio de Hillion (situé à 30 km de Boqueho) ;
  • un producteur d’œufs bio de Boqueho ;
  • un producteur de jus de pommes bio de Plourhan (à 23 km de Boqueho) ;
  • un boulanger de Saint-Agathon (à 17 km de Boqueho) ;
  • un producteur laitier chèvre/brebis de Plaintel (à 18 km de Boqueho).

Chaque contrat présente ses caractéristiques :

  • avec le maraîcher, vous vous engagez sur la saison à acheter un panier à 8, 12 ou 16 euros par semaine ;
  • avec le producteur d’œufs, vous vous engagez à acheter de 6 à 24 œufs tous les 15 jours ;
  • avec le producteur de jus de pommes, vous achetez un nombre de bouteilles d’un litre tous les 15 jours :
  • avec le boulanger, vous remplissez votre commande en début de saison pour une livraison par semaine ;
  • le producteur laitier livre ses produits tous les 15 jours. Le consommateur choisit ses achats en début de saison.

Tous les contrats donnent lieu à un paiement en début de saison avec toutefois la possibilité de remettre plusieurs chèques pour étaler la charge.

Les règles sont assez draconiennes. En effet, vous ne pouvez modifier les quantités achetées qu’au cours du premier mois d’adhésion.

D’autres producteurs bio ou label rouge travaillent avec l’AMAP hors contrat et annoncent leurs ventes au coup par coup aux adhérents : viande de porc, de veau, d’agneau, de volailles, miel et champignons

Photo d'un fermier en train de récolter du raisin
Photo par formulaire PxHere

Une démarche vertueuse

La contractualisation présente des vertus à bien des égards : le système assure au producteur un revenu connu à l’avance. Les prix sont lissés sur la saison, ce qui est une garantie pour le consommateur : il n’y a pas de surprise. De plus, seule la quantité choisie est produite et, en toute logique, consommée. À l’heure où près de 30 kg de nourriture par personne sont jetés en France tous les ans, cette pratique est de nature à limiter le gaspillage alimentaire.

La logique est en quelque sorte inversée par rapport au système de la grande distribution traditionnelle : dans une AMAP, c’est largement l’offre qui conditionne la demande.

En effet, seuls les produits de saison sont vendus. Cela vaut en particulier pour le maraîcher qui choisit la composition du panier en fonction de sa production. On ne trouve donc pas de tomates en hiver cultivées sous serre chauffées au gasoil ! De plus, les contrats prévoient qu’en fonction de la production, des changements, annoncés à l’avance, pourront être opérés dans la composition du panier. Ainsi, le producteur pourra revoir à la baisse sa livraison en fonction des à-coups de la production (conditions météorologiques défavorables, sinistre sur l’exploitation…). Producteurs et consommateurs partagent donc les risques.

Modifier son comportement de consommateur

Cela amène à changer quelque peu nos pratiques de consommateur. Par exemple, notre premier panier comportait des petits pois frais, de la rubarbe et des fèves fraîches. Autant de denrées que nous n’achetons jamais, si tant est qu’on en trouve sur les marchés ou dans les grandes surfaces. Nous avons donc appris à cuisiner ces aliments pour faire une succulente tarte à la rubarbe et un ragoût des plus savoureux (il a fallu écosser les petits pois et enlever la robe des fèves, mais rien d’insurmontable !).

Cela nous permet de connaître d’autres saveurs, d’autres produits que ceux auxquels nous sommes habitués (je ne sais pas vous, mais moi, j’ai tendance à ne pas sortir de ma zone de confort et à toujours acheter les mêmes choses au supermarché). De plus, les « amapiens » échangent des recettes de cuisine, bien commodes lorsqu’il s’agit de cuisiner des denrées pour la première fois.

La distribution du vendredi soir

Les livraisons ont lieu tous les vendredis de 17 h 30 à 19 h 00 dans un café au bourg de Boqueho. C’est un bon point. Dans un avis de juin 2017, l’ADEME a en effet estimé que l’impact environnemental des circuits courts est en partie conditionné par les modes de distribution. En particulier, un seul lieu de livraison est une bonne chose en évitant aux consommateurs de faire des kilomètres de voiture pour s’approvisionner.

Les distributions du vendredi doivent être respectées. Gare à vous si vous ne pouvez être présent : les colis non retirés redeviennent la propriété du producteur. Toutefois, il existe une tolérance en pratique : il reste possible de retirer son panier le samedi matin. De même, le maraîcher accepte de reporter au cours de la saison suivante jusqu’à quatre paniers qui n’ont pas pu été retirés. Pratique quand on doit partir en vacances !

Le vrai prix d'un panier

La question du prix des paniers

L’un des objectifs d’une AMAP est de procurer aux agriculteurs un revenu décent sans « assassiner » les consommateurs. À ce titre, les témoignages et études tendent à démontrer que les prix en circuits couts sont très compétitifs par rapport à la distribution bio et même par rapport aux supermarchés conventionnels. Par exemple, une étude sur un an réalisée par l’association les Paniers marseillais (2014) a donné des résultats édifiants : l’équivalent d’un panier de légumes bio en circuit court est en moyenne 102 % plus cher dans un magasin spécialisé dans le bio. Il est 29 % plus cher dans un hypermarché traditionnel.

L’AMAP ne prenant aucune commission, les prix pratiqués sont ceux de la vente directe.

De plus, la réduction du nombre d’intermédiaires et des emballages permet un calcul du prix au plus juste.

Un engagement social réciproque

La charte nationale des AMAP (mars 2014) prévoit un engagement social réciproque entre amapiens et paysans. Il s’agit en particulier pour les paysans de « sensibiliser les amapien.ne.s à leur métier et à la vie de la ferme ». À BOSK’AMAP, plusieurs visites d’exploitations sont organisées par an avec parfois des animations (chasse à l’œuf à Pâques par exemple). Il est aussi possible d’échanger avec le maraîcher, présent lors des distributions de paniers.

De plus, une opération portes ouvertes a lieu chaque année en janvier (avec distribution de vin chaud s’il vous plaît !).

Nos premières impressions sur notre adhésion à l’AMAP de Boqueho ? Elles sont très concluantes et conformes à nos attentes : rejoindre l’AMAP, c’est faire le choix d’adhérer à une communauté de valeurs, de se rapprocher du monde agricole et de renouer avec la nature et les saisons. Le tout dans une ambiance détendue et conviviale.

Vous aussi vous avez envie de participer à l’aventure ? Trouvez une AMAP près de chez vous en consultant l’annuaire national des AMAP.

Auteur : Mickaël Le Bour

Pour aller plus loin

Charte des AMAP (mars 2014)

Etude de prix Les Paniers Marseillais (mai 2014)

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